#DéfiPlume

Catégorie : Divers
defi plume

C’est un article un peu particulier que je vous réserve ici puisque ça n’en est pas vraiment un. Depuis quelques temps est organisé sur Twitter un concept original, le « Défi Plume ». Il s’agit d’un challenge d’écriture communautaire créé par 4 passionnés et qui, chaque mois, met en place un thème et quelques règles sur lesquelles tous les amoureux du crayon peuvent se lancer, se réunir.

Bien sûr avec le feu-TFGA vous le savez, j’aime cet esprit communautaire et la possibilité de s’imposer des défis. Et l’écriture est à la base ce qui m’a donné envie de créer ce blog, car j’aime l’exercice de synthèse que propose la rédaction d’articles. Toutefois ici c’est encore autre chose avec un format plus long, et complètement différent dans le fond et la forme. Alors j’espère que vous apprécierez la lecture, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en commentaires, et à participer vous-mêmes ! Je vous laisse sur la fiche du dernier thème en date : bonne lecture 😉

defi plume 3

C’est pire que tout ce que j’avais imaginé.

Saga, père de famille d’une trentaine d’années, est alors à son domicile en plein mois de Février. Epuisé d’un métier qui le passionne pourtant, il doit cet après-midi mettre en ordre son salon de telle sorte à pouvoir accueillir les amis de ses deux filles, des jumelles, Anita et Tania. Un goûter d’anniversaire qui stresse énormément le jeune homme qui, dans la moindre de ses actions, souhaite que tout soit parfait. Presque maladif dans le procédé, il s’est alors coupé du monde en éteignant le Wifi de son téléphone portable, bien trop présent au quotidien, et en débranchant le téléphone fixe de la maison. Ainsi, seule sa femme, en cas d’une urgence sur laquelle il s’efforce de ne pas trop faire jouer son imagination, pourrait le contacter en cas de besoin.

Gâteau finissant de cuire dans le four, décorations et accessoires ornant une table dont la thématique laissait peu de doutes sur les goûts animaliers des princesses du jour. Durant les dernières heures qui le séparait du début des hostilités, Saga pris un moment « pour lui » dans la salle de bains afin de faire le vide dans sa tête et aborder sereinement les finitions liées à la fête du jour. Car si, pour certains, la pression qu’il s’impose à lui-même est excessive, lui ne le voit pas de la même façon.

Il y a plus de dix ans maintenant, Saga a perdu son père. Son père qui était un modèle pour lui dans bien des domaines, à commencer par celui de la paternité. Il avait en effet reçu de celui-ci une éducation qu’il a toujours jugé, a posteriori, exemplaire et il souhaitait transmettre cela à ses filles, comme un souvenir d’une personne qu’elles ne connaîtront jamais autrement que par des souvenirs s’estompant avec le temps. L’importance que représentait ainsi, pour lui, la réussite de cet après-midi était donc primordiale; d’autant plus qu’à l’accoutumée c’est Hannah, son épouse, qui organise ce genre de festivités.

Pendant qu’il était occupé à égaliser sa barbe d’une manière presque chirurgicale, une sonnerie retentit, le surprenant dans son mouvement. Perturbé du bruit entendu alors qu’il aurait dû rester plusieurs minutes de cuisson au gâteau, il essuya les quelques gouttes de sang d’une légère coupure de la lèvre.

Seconde sonnerie.

L’esprit clair, le jeune homme reconnu alors la sonnerie de la maison et non celle du four, qui se ressemblaient étonnamment. Exécré que son moment de tranquillité soit ainsi brisé pour une raison inconnue, il nettoya grossièrement l’évier et secoua son t-shirt afin d’être présentable malgré tout. Descendant l’escalier en attrapant hâtivement une chemise présente sur la rambarde qu’il emprunta pour rencontrer son intrus du jour, le jeune homme se retrouva finalement à quelques pas de l’entrée alors que des coups se mirent à retentir sur la porte.

Oui ? C’est pour quoi ?

En face de lui, un homme clairement négligé, dont les rides trahissaient un âge certain, mais étant paradoxalement très bien habillé. Il eut un air oscillant entre l’ébahissement et une joie bien mal contenue quand enfin quelqu’un lui répondit. Ayant toutes les peines du monde à rassembler ses idées, il prit alors la parole en regardant son interlocuteur droit dans les yeux.

Je ne savais pas où tu étais aujourd’hui précisément mais je me souvenais que tu habitais ici. Et puis, ce petit cul-de-sac, il n’y en a pas beaucoup des comme ça.

Saga fut à son tour frappé, mais cette fois-ce par les propos de cet homme qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il semblerait qu’il puisse avoir l’âge de son père s’il ne l’avait pas quitté, peut-être même de son grand-père, qui lui a déménagé, de tristesse, il y a huit ans maintenant. Un mélange d’affection et de nervosité étrange commençait à croître en lui.

Vous me cherchiez ? S’est-on déjà croisés quelque part ?

Non, jamais. Ecoute, je sais par avance que ce que je vais te dire va te sembler incohérent et presque fou mais crois moi, tu es la preuve vivante que tout ceci est bien réel.

Difficile de considérer cet homme qui, visiblement délirant, captivait toutefois, étrangement, notre père de famille. Mais alors qu’après avoir entendu une nouvelle sonnerie ainsi qu’une agréable odeur, provenant bien cette fois-ci de la cuisine, Saga fit comprendre d’un geste des mains qu’il mettait un terme à la conversation, expliquant qu’il avait d’autres choses à faire aujourd’hui. C’est alors que notre inconnu prononça ces mots, en retenant la porte qui se refermait devant lui :

Hannah. Hannah et les filles, tu dois les sauver.

Pardon ?! Mais vous êtes qui enfin, et comment est-ce que vous nous connaissez ? Et pourquoi vous me dites ça ?

Je n’ai pas le temps de répondre à tes questions, le temps m’est compté. Si tu crois qu’organiser cette fête surprise pour tes filles est la pire chose qui puisse t’arriver, tu te trompes, Saga. Les femmes de ta vie, celles qui comptent le plus pour toi et te sont si chères, la prunelle de tes yeux et ta raison de vivre depuis si longtemps, vont mourir.

Une rage naquit dès lors chez le jeune homme qui, du bras droit, claqua violemment la porte contre le mur, dont un petit morceau tomba à terre, sous la violence du choc. Il saisit instantanément son vis-à-vis par l’encolure de la veste qu’il portait. Lui qui ne sortait jamais de ses gonds, quelqu’un d’extrêmement posé en dépit des apparences joviales qu’il aime donner, s’emporta alors comme rarement. Mais le vieil homme disait vrai et sa famille était tout pour lui depuis le départ de son père. Quiconque deviendrait une menace pour eux déclencherait aussitôt sa fureur, quoiqu’il en coûte.

Mais c’est quoi ton problème ? Pourquoi tu parles d’elles comme ça, t’es qui putain ?

Excuse-moi, je suis vraiment pressé et je m’y prends sans doute de la plus mauvaise des façons mais tu comprendras sans doute plus tard, je dois faire vite. Tes « femmes » comme tu les appelles sont bien chez ta mère en ce moment, non ?

L’incompréhension était à son comble et l’exactitude des informations données faisait retomber la colère dont ne subsistait désormais plus qu’une pâleur trahissant une vive inquiétude.

Bien. Je profite de ces derniers instants pour te demander, te conjurer, de les rejoindre au plus vite. Tu leur éviteras un accident duquel elles ne réchapperaient pas sans ton aide, sans l’aide de quelqu’un.

La mine de l’inconnu devint sombre et l’émotion qui le trahissait était une tristesse infinie dans laquelle Saga se reconnut tout de suite, cette même tristesse qui l’avait habité il y a dix ans. D’une manière bien peu rationnelle, une confiance inexplicable se mit alors en place entre les deux hommes et, après quelques pas effrénés, il se retourna en passant le palier de la maison, ferma la porte et se dirigea vers sa voiture.

Venez avec moi. Vous finirez de m’expliquer en cours de route. Je ne sais pas comment vous savez ce que vous savez ni même pourquoi et comment tout cela est possible, mais si je dois sauver ma femme et mes enfants, je dois partir sans plus tarder.

Je ne peux pas venir avec toi, je devais juste te prévenir. Pars et sauve les.

La voiture était démarrée et le monteur grondait à mesure que l’impatience gagnait le père de famille. La personne avec qui il venait de parler savait trop de choses et les avait énoncées avec trop d’importance pour qu’il s’agisse d’un canular de ses amis. Installé dans son véhicule, il baissa rapidement la vitre passager et cria :

Comment vous appelez-vous et comment pourrais-je vous retrouver ?

Tu sais qui je suis, Saga. Quant au comment, tu le découvriras plus tard, je n’ai plus aucun doute là-dessus.

Ainsi et sans perdre plus de temps, Saga pris la route pour retrouver Hannah, Anita et Tania. Si les paroles du vieil homme résonnaient encore dans son esprit, il conserva malgré tout assez de sang-froid pour rouler sans mettre sa vie en danger, ni celles des autres. Une fois à destination, il débarqua chez sa mère, retrouvant les personnes qu’il aimait tant. Tous étaient abasourdis de son attitude, le questionnant sur son état, qu’il n’aurait su décrire lui-même sur le moment tellement le soulagement et la joie étaient présents.

Lorsqu’il fallu repartir, l’attention de Saga se fixa sur une trace au niveau du sol, près de la voiture de sa femme et, en se penchant d’un rapide coup d’œil, il remarqua que le câble d’alimentation en liquide de frein était sectionné et son contenu finissait de se déverser sur le trottoir.

Bon sang, il avait raison.

Stupéfaction, soulagement, joie, colère également –qui a donc pu faire ça ?-, les sentiments se bousculaient encore lorsque tous se mirent en place dans la petite voiture de fonction du père de famille. Direction la maison pour une fête surprise qui, décidément, allait être salvatrice pour tous.

Quand soudain, alors que la famille croyait arriver à bon port, une fumée noire fit son apparition à l’horizon et les deux jeunes filles firent remarquer à leurs parents que plus tôt durant le trajet, deux camions de pompiers les avaient en effet doublés. A mesure qu’ils se rapprochaient du domicile, la fumée devait de plus en plus ocre, pâteuse, et c’est en arrivant devant chez eux qu’ils découvrirent l’horreur. C’était leur maison qui était en train de brûler.

Encore soulagé d’avoir les siens près de lui et en sécurité, Saga compris presque instantanément la situation. Il s’en voulait bien évidemment car il savait que ce qui se produisait était de sa faute. Les petites fondaient en larmes alors qu’Hannah, elle d’habitude si forte et bavarde, tentait de les rassurer au mieux en ne montrant pas sa propre inquiétude. La situation était vraiment apocalyptique mais, malgré tous ces souvenirs partant en fumée et toutes ces démarches qui allaient par avance angoisser notre héros du jour, celui-ci ne put s’empêcher d’afficher un léger sourire en coin.

Foutu gâteau … tu aurais pu me prévenir, Saga.

24 juillet 2018
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4 Commentaires

  • Répondre Shayann

    Yeah super sympa ta participation, je l’ai trouvée géniale 😀

    J’ai tout de suite été captivée par le récit, je crois que j’adore ce genre d’histoire. Je pensais pas que tu irais si loin avec une histoire de double du futur « juste » pour un petit défi plume mais après tout pourquoi s’imposer des limites ? En tout cas merci de ne pas hésiter à montrer de la sensibilité masculine, toi comme Damien, dans vos récits, mine de rien ça fait du bien

    En revanche, pour moi l’estompage du four n’a pas fonctionné il aurait peut être fallu bcp plus de texte pour le faire réellement oublier (mais j’ai conscience que ce n’est pas adapté à ce format).

    big up aux prénoms des jumelles qui sont des anagrammes, j’adore ce genre de petits jeux avec les prenoms (et le palindrome d’Hannah mais je sais pas si c’est intentionnel )

    Bref, agréable surprise que de te voir participer à ce Défi Plume, j’espère qu’il y en aura d’autres

    26 juillet 2018 at 13 h 54 min
    • Répondre Alexandre

      Merci à toi pour le retour Shayann !

      Avoir des commentaires sur quelque chose que l’on n’a jamais produit par le passé, c’est toujours un grand moment ! Merci pour tes remarques … et ta perspicacité sur le four et les noms des différents personnages. Hormis ‘Saga’, qui a aussi une signification, tu as tout bon 😀

      A bientôt pour un autre Défi Plume … car j’y ai pris goût et je compte bien en refaire un jour hehe

      31 juillet 2018 at 13 h 39 min
  • Répondre Ddey

    Hum hum
    Alors déjà, je ré itère, bravo le veau, la nouvelle est très très cool. Pas seulement dans le fond mais dans le forme aussi !

    Deux choses me gênent par contre.
    La 1ere, et c’est là où ça tique le plus.
    La contrainte. Je la trouve pas très bien adapté au récit ! En fait j’ai du mal à savoir ? Est-ce juste du para texte ? Est-ce le saga du futur qui la prononce ? Est-ce le saga de la fin de la nouvelle qui le prononce (en mode prologue)
    c’est un peu dommage, la phrase fait un peu balancée, comme ça, parce qu’il le fallait !
    La 2e, et là c’est du chipotage.
    Si, le monsieur chelou, c’est bien saga du futur, je trouve ça un peu prévisible ! C’est tout. J’ai dis que c’était du chipotage !

    Mise à part ces deux points, je le redite, c’est nickel.
    T’as réussi à nous faire oublier le four , puis nous le le sortir à la fin, sans que ça fasse « deus ex machina » et ça, GG !
    Du coup comme je l’ai dit, hâte de lire d’autres de tes créations

    25 juillet 2018 at 18 h 33 min
    • Répondre Alexandre

      Merci Damien de ce retour expérimenté !

      Pour le point de vue de la narration, plusieurs fois durant le récit je me suis interrogé s’il fallait que je prenne parti sur qui narre le raconte. Du coup je suis parti sur un point de vue omniscient, normalement neutre, mais parfois oui j’étais borderline j’avoouuuue

      Par contre, malgré ce côté objectif dans la narration que je souhaitais, je trouvais ça pertinent d’indiquer juste en italique ce que le personnage principal, le « Saga du présent », pensait. Ca arrive peu, mais c’est important.

      Concernant l’identité du Monsieur, oui en effet, il s’agit de « Saga du futur ». J’ai volontairement laissé assez d’indices par rapport au format finalement court de nouvelle, pour arriver petit à petit à cette conclusion. Content que tu les aies trouvé ! … ce qui n’a pas été le cas de tout le monde, à ce que j’ai pu lire sur Twitter.

      Du coup sur le prochain je ferai encore d’autres tests, sur le fond et sur le forme, afin d’optimiser le récit. Merci encore pour le commentaire instructif 😀

      PS : merci d’avoir remarqué spécifiquement l’estompage du four, c’était exactement ce que je souhaitais héhé

      26 juillet 2018 at 9 h 01 min

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